Club iconique de Bundesliga, le Bayer Leverkusen est présent sans discontinuité depuis 1979 en première division allemande. Une régularité qui le place juste derrière le Bayern Munich, arrivé en 1965. Une deuxième position à laquelle l’histoire du club est fortement liée.
« Neverkusen ». Un surnom peu flatteur pour un club aussi important du championnat allemand. Pourtant, le Bayer Leverkusen porte avec lui la réputation d’un club qui échoue. Depuis son arrivée dans l’élite en 1979, le club a connu cinq places de dauphin, six troisièmes places, ainsi que trois finales de Coupe d’Allemagne perdues.
La saison 2001 en est l’exemple parfait avec une finale de coupe nationale, une finale de Ligue des Champions et une première place en Bundesliga à quelques journées de la fin. Pourtant, l’armoire du Bayer 04 Leverkusen ne s’est remplie d’aucun trophée cette année-là. Dans son histoire, le club de Rhénanie-du-Nord-Westphalie n’a réussi à remporter que deux trophées : la Coupe UEFA en 1988 et la Coupe d’Allemagne 1993, une éternité.
Le club de la firme Bayer
Pourtant, le Bayer Leverkusen est l’un des gros budgets du championnat, lié à la société pharmaceutique et agrochimique Bayer d’où le club tire son nom depuis sa création. Celle-ci a lieu au début du XXe siècle. En février 1903, deux employés des usines Friedrich Bayer & Co., Wilhelm Hausschild et August Kuhlmann demandent du soutien pour fonder un club de gymnastique d’entreprise. Les dirigeants acceptent et le Turn- und Spielverein der Farbenfabriken vormals Friedrich Bayer und Co., abrégé TuS 04 est fondé le 1er juillet 1904.
Ce n’est que le 1er juin 1907 qu’une véritable section de football apparaît. Les premières couleurs adoptées sont le noir pour le maillot et le rouge pour le col et les poignets. Dans les premières années, le club évolue dans les basses divisions du championnat de la région de Cologne.
Une longue ascension
En 1923, l’Allemagne voit une rupture majeure entre les associations de gymnastique et les autres sports. Le club se sépare alors de sa section de gymnastique et prend le nom de Fussballverein 04 Leverkusen (Football Club 04 Leverkusen), abrégé FV 04 Leverkusen. L’équipe s’installe dans son premier vrai stade en 1932, l’Am Stadtpark, et c’est en mai 1935 que le club adopte le nom de l’entreprise « Bayer », avec dans son logo, la « croix Bayer ». L’équipe devient alors le Sportvereinigung Bayer Leverkusen 04 (Association sportive Bayer Leverkusen 04).
Leverkusen continue son ascension mais, en 1938, avec le contexte politique en Allemagne défendant les équipes d’entreprises, le Bayer est dissous et devient le Betriebssportgemeinschaft der I.G. Farbenindustrie AG (Association sportive d’entreprise d’IG Farbenindustrie AG) avant un retour au SV Bayer 04 Leverkusen en 1943.
Au cours de la saison 1948-1949, le club dispute le premier match majeur face à son rival, le FC Köln (Cologne). Tous les deux champions de leur ligue de district, ils s’affrontent pour une promotion en Oberliga Ouest (le plus haut échelon pour les clubs de cette région à l’époque), mais les Leverkusenois échouent.
Dans les années 1950, deux clubs existent en ville, le Sportvereinigung Bayer 04 Leverkusen, club tourné vers la compétition et le Turn-und Spielverein 04 Leverkusen qui, lui, est réservé aux sections amateures. Les deux clubs possèdent des sections de handball, fistball et d’athlétisme. Le football et la boxe sont rattachés au Bayer et la gymnastique et l’escrime au TuS 04.
Découverte de l’élite
En 1951, le Bayer accède à l’Oberliga Ouest, le summum du championnat dans cette partie de la RFA. Les joueurs de l’époque sont alors pour la plupart des employés de Bayer et possèdent des aménagements sur leur temps de travail pour défendre les couleurs du club. Après des saisons réussies comme une troisième place en 1955, le Bayer retombe en seconde division l’année suivante. Mais le club de Leverkusen grandit et décide de construire une nouvelle enceinte en 1958, l’Ulrich-Haberland-Stadion, du nom d’un ancien président de la firme Bayer, rebaptisé BayArena quarante années plus tard.
De retour en Oberliga Ouest en 1962, le club n’est pas admis en Bundesliga lors de sa fondation en 1963. Il évolue alors en seconde division, la Regionalliga West de 1963 à 1973. Les Leverkusenois sont tout proches de la Bundesliga en 1968 mais nouveau contrecoup intervient en 1973 avec une relégation. Après deux années de lutte, c’est une nouvelle montée, dans la 2. Bundesliga Nord en 1975. Lors de la saison 1979, le Bayer Leverkusen affronte le Bayer 05 Uerdingen, son dauphin. Il faut un point pour monter en Bundesliga mais ils sont menés 3-0 à l’heure de jeu. Pourtant, ils réalisent l’exploit d’égaliser et découvrent la Bundesliga. Un championnat qu’ils ne quitteront plus depuis.
Sur le toit de l’Europe
En 1984, le SV et le TuS fusionnent pour former le TSV Bayer 04 Leverkusen. Deux ans plus tard, le club termine sixième et se qualifie pour sa première compétition européenne, la Coupe de l’UEFA. Ils échouent dès le deuxième tour face au Dukla Prague. Mais forts de cette première expérience, ils se qualifient de nouveau la saison suivante. Et après avoir battu l’Austria Vienne (5-1/0-0), Toulouse (1-0/1-1), le Feyenoord Rotterdam (1-0/2-2), Barcelone (0-0/1-0) et le Werder Brême (1-0/0-0), ils atteignent la finale. Ils sont alors confrontés à l’autre club phare de Catalogne, l’Espanyol. Les Allemands s’inclinent 3-0 au premier match mais réalisent le même score au retour avec des buts de Tita, Falko Götz et Cha Bum-geun. Le Bayer s’impose 3-2 aux tirs au but et remporte la Coupe UEFA 1988.

L’international brésilien Tita a inscrit l’un des trois buts du match retour de la finale de la Coupe UEFA 1988 face à l’Espanyol.
Petit à petit, le Bayer 04 se rapproche aussi des meilleures équipes allemandes. Après une demi-finale de coupe nationale en 1992, le club atteint la finale l’année suivante. Sur un but de l’attaquant Ulf Kirsten, le club l’emporte 1 but à 0 face au Hertha Berlin. Son deuxième trophée, mais le dernier à ce jour. Avec 20 buts, Kirsten termine également co-meilleur buteur de Bundesliga cette saison-là avec Anthony Yeboah de l’Eintracht Francfort.

Ulf Kirsten a inscrit l’unique but de la finale de Coupe d’Allemagne entre le Bayer Leverkusen et le Hertha Berlin en 1993.
Premier des nombreux podiums du Bayer
En 1993, le Bayer se renforce avec des joueurs comme Bernd Schuster, passé par Barcelone, le Real et l’Atlético, ou encore Paulo Sérgio, futur joueur de la Roma et de Munich. En tête à la trêve, le Bayer s’écroule mais monte pour la première fois sur le podium derrière le Bayern Munich et Kaiserslautern. Ils atteignent également les quarts de finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, éliminés par Benfica à la faveur du but marqué à l’extérieur (4-4/1-1).
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L’année suivante, le Bayer réalise de nouveau un beau parcours européen en éliminant Nantes en quart de finale de Coupe UEFA 1995 (5-1/0-0) avant de sortir en demi-finale contre Parme (1-2/3-0). Ils ont alors Rudi Völler dans leurs rangs, arrivé en provenance de l’Olympique de Marseille en 1994. Acteur majeur du club, il entraînera et sera directeur sportif du club allemand après sa retraite en 1996.
La catastrophe est proche en cette année-là. Le club termine quatorzième, à deux points de la relégation, mais il réagit parfaitement l’année suivante. Les Leverkusenois luttent pour le titre mais échouent à deux points du Bayern Munich, leur première place de dauphin. Ulf Kirsten brille encore et redevient meilleur buteur du championnat avec 22 buts. Il récidivera l’année suivante.
Cette belle performance en championnat leur permet tout de même de disputer la première phase de poule de Ligue des champions de leur histoire en 1998. Le club allemand atteint les quarts de finale en sortant d’une poule avec Lierse, Monaco et le Sporting Portugal. C’est le Real Madrid qui met fin à son parcours, en quarts (1-1/0-3).
La génération dorée
Le club continue sa progression : troisième en 1998, deuxième en 1999. Le club ne parvient pourtant pas à accrocher un titre. Il décide alors de se renforcer avec des arrivées comme celles de Michael Ballack, Bernd Schneider, Oliver Neuville, ou Thomas Brdaric.

En dix ans, l’international allemand aux 81 sélections, Bernd Schneider, a disputé 366 matchs avec le Bayer Leverkusen.
L’équipe possède une véritable génération dorée. Lors d’un amical le 29 mars 2000 entre la Croatie et l’Allemagne, neuf joueurs du Bayer sont présents : Jens Nowotny, Michael Ballack, Ulf Kirsten, Carsten Ramelow, Paulo Rink et Stefan Beinlich côté allemand et Robert Kovac et Boris Zivkovic côté croate. Oliver Neuville y est aussi mais ne joue pas.
Pourtant, de retour en Allemagne, le Pillenklub (club des pilules, surnom lié à Bayer) décroche une nouvelle deuxième place en 2000. Il avait pourtant tout pour réussir. À l’avant-dernière journée, le club de Rhénanie-du-Nord-Westphalie est en tête du championnat. Il se déplace à Unterhaching où il suffit d’obtenir un point pour être titré. Le Bayer s’incline 2-0 et le Bayern Munich est champion grâce à une meilleure différence de buts.
Presque au sommet
Deux années plus tard, le club connaît sa saison la plus complète, mais également la plus frustrante. Après la 31e journée, le Bayer 04 est en tête de la Bundesliga 2001-2002 avec cinq points d’avance sur le Borussia Dortmund. Mais le club s’écroule et termine second à un point du leader. Une première désillusion. En Coupe d’Allemagne, le Bayer atteint la finale après avoir remporté en demi le derby face à Cologne (3-1). Le 11 mai 2002, à Berlin, Leverkusen s’incline 4-2 face à Schalke.
Enfin, quatre jours plus tard, il dispute une nouvelle finale, celle de la Ligue des Champions à Glasgow. Son parcours dans cette compétition est exceptionnel. Dans une première phase de poule, il affronte Barcelone, l’Olympique Lyonnais et Fenerbahçe et se classe deuxième. Il se qualifie pour une deuxième phase de poule avec le Deportivo La Corogne, Arsenal et la Juventus. Le Bayer remporte cette poule et affronte en quarts Liverpool (4-2/0-1), puis Manchester United en demi-finale (1-1/2-2). La règle du but à l’extérieur lui permet d’affronter le Real Madrid en finale.
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Le 15 mai 2002, les Allemands encaissent un premier but de Raúl en début de match. Lúcio égalise mais Zidane inscrit une volée légendaire pour permettre aux Madrilènes de soulever la coupe aux grandes oreilles. Le club passe alors d’un triplé potentiel à une saison blanche, avec trois deuxièmes places qui lui valent ce surnom de Vizekusen – ou Neverkusen. On peut également souligner qu’Olivier Neuville, Carsten Ramelow, Bernd Schneider et Michael Ballack ont également terminé deuxièmes de la Coupe du monde cette année-là.

Zidane marque le but vainqueur de la Ligue des Champions 2021-2022 sous les yeux de Ballack.
Depuis, le club continue ses belles prestations, mais toujours sans trophées : deuxième place en 2011, troisième place en 2004, 2013, 2016 et 2022. Les parcours européens aussi sont corrects avec des quarts de finale de Coupe de l’UEFA en 2007 ou 2008 ou des huitièmes de finale de Ligue des champions en 2012, 2014, 2015 ou 2017. En 2009 et en 2020, le club atteint la finale de la Coupe d’Allemagne mais s’incline, une habitude.
Le Bayer collectionne les hauts et les bas avec des joueurs fantastiques qui y ont performé, évoluant souvent avec la Nationalmannschaft comme Carsten Ramelow, Bernd Schneider, Michael Ballack, Oliver Neuville, René Adler, Simon Rofles, Stefan Kiessling, Toni Kroos, Benjamin Henrich ou Kai Havertz. Mais le club butte sur un plafond de verre depuis des années : trop faible pour surclasser les gros et trop fort rester avec les petites équipes.

Stefan Kiessling a terminé meilleur buteur de Bundesliga en 2012-2013 sous les couleurs du Bayer Leverkusen.
Avec de grands moyens, le club détenu à 100 % par la firme pharmaceutique Bayer, parvient chaque saison à lutter avec l’élite du championnat allemand. Pourtant, le Graal n’a pas encore été atteint. Malgré la formation de nombreux talents, l’armoire à trophée du club reste bien trop peu garnie… si ce n’est de places d’honneur, qui lui offrent le doux surnom de Neverkusen, le club qui ne gagne jamais.
Sources :
- Site officiel du club.
- BREITNER Polo, « Bayer : le fantôme de « Neverkusen » rôde toujours », eurosport.fr, 16 décembre 2013.
- DE GRAAF Douglas, « Le Bayer, de « Neverkusen » à « Everkusen » », sofoot.com, 19 décembre 2020.
Crédits photos : IconSport